Le Carmel de Vinça

Chroniques de l’année 2014 au Carmel de Vinça

04/06/2014

Chroniques de l’année 2014 au Carmel de Vinça

L'âge très avancé de notre vieille chaudière, le coût du fuel, des renseignements glanés ici ou là nous avaient conduites à envisager un autre mode de chauffage. L'entreprise que nous avions contacté a un peu de temps début Décembre... alors nous nous lançons !

Le 4 Décembre l’imposante chaudière à granulée de bois, arrive directement depuis l’Autriche… mais ne peut franchir le portail du Carmel, le sol étant tout boueux. Le livreur abandonne donc l’énorme machine au milieu de la rue et notre Mère est contrainte de faire la circulation, le temps qu’une solution soit trouvée. Un brave automobiliste lui lance: «Eh bien, ma sœur, il est gros, cette année, votre cadeau de Noël!» En effet, sept hommes (trois de l'entreprise de chauffage et quatre de nos maçons appelés à la rescousse) et dix religieuses en prière suffiront à peine, au bout de quatre heures, à la faire entrer dans le local qui lui était affecté.
Quelle épreuve!!!!

Pendant trois semaines, l’équipe de plombiers dont fait partie Florent, le neveu de notre Mère, travaille sans relâche et très consciencieusement dans un climat paisible et familial, ce qui allège bien pour nous les conséquences de ces gros travaux…

 Le 19 décembre, la chaudière est mise en route, et le lendemain, les jeunes et méritants ouvriers viennent prendre congé en nous offrant chacun un magnifique rosier en pot. Nous leur offrons aussi un cadeau de Noël avec notre prière et notre reconnaissance pour leur beau témoignage de sérieux et d’amabilité. De leur côté, l'idée qu'ils se faisaient de la vie religieuse a certainement évoluée... Entre temps le 13 Décembre, veille de saint Jean de la Croix, nous accueillons sœur Anne de Jésus, du Carmel du Dorat.

Elle vient se reposer chez nous avant une opération chirurgicale. Ce n'est pas une inconnue, car elle est une des sœurs de notre cher ami, le Père Cabié. Et voici déjà Noël, que nous fêtons pour la première fois depuis longtemps sans ce dernier. Sacrifice d’autant plus pénible que sa sœur est parmi nous et qu'il aurait tant aimé faire la connaissance des carmélites de Rodez! Les Pères Marco et Jean Baptiste Malirach se dévouent une fois de plus pour ne pas nous laisser sans Eucharistie cette Nuit et ce Jour-là.

Nous avons d'ailleurs la chance de recevoir en ce tournant de l'année trois Prêtres qui stimulent notre prière: le 29 Décembre le Père William Marie Merchat accompagné de deux jeunes Palestiniens du seul village de Terre Sainte resté entièrement chrétien, le 7 Janvier le Père Thierry Joseph, carme, venu nous saluer au cours de sa visite en France.

Belles occasions pour les cloîtrées que nous sommes d’avoir des nouvelles directes d’autres Eglises locales qui nous passionnent et stimulent notre prière. Entre les deux, le Père Jean Paul Soulet, notre Vicaire général, vient passer quelques jours de retraite chez nous et assure la Messe quotidienne, ce dont nous lui sommes très reconnaissantes.

Le Dimanche de l’Epiphanie arrive: c’est le jour tant attendu (et pas seulement à l’intérieur du monastère) où nous «tirons» le Roi de l’année. C’est la Vierge Marie qui succède à son Fils et nous décidons de l’invoquer sous le titre de «Marie, Reine de la Paix». Si nous avions su alors ce qui se préparait cette année: l’Ukraine, la Centrafrique, l’Irak, la Syrie avec nos sœurs d’Alep et tant et tant d’autres…

L’après-midi, le «Pessebre» (crèche vivante, chantée en catalan) d’Ille-sur-Têt vient clore chez nous sa série de représentations, avec un groupe bien rajeuni! Cela fait plaisir….Au parloir, ensuite, la fête continue: l’équipe des chanteurs a du mal à se séparer, nous profitons de quelques cantiques («goigs») supplémentaires à la gloire de la Vierge de Montserrat, pendant que le correspondant du «Petit Journal» nous demande qui a réalisé l’imposante crèche de la Chapelle. Nous répondons humblement, mais ravies, que c’est nous, comme les bouquets d’ailleurs…

Le Dimanche 2 Février, la»Manif pour tous» à Paris retenant l’abbé Téqui, la Paroisse se replie sur le Carmel, d’autant plus que ce jour est la fête des consacrés. Nous animons dans l’après-midi un chapelet fervent en union avec les manifestants.

Il est suivi des Vêpres à l’issue desquelles deux petits garçons s’approchent de la grille du chœur. L’un d’eux confie qu’il a beaucoup aimé la Messe chez nous le matin et aimerait nous servir d’enfant de chœur… Le Dimanche suivant, dans l’après-midi, sœur Anne Elisabeth de la Communauté de la Croix glorieuse donne un concert dans notre Chapelle: sa façon de chanter les poèmes du sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, vivante et recueillie, nous introduit tout spontanément dans les Vêpres qui prolongent ce temps musical.

Le jeudi 13 Février, Monseigneur Marceau, notre Evêque, effectue la visite pastorale en vue des élections communautaires. Il nous consacre toute sa journée, et sur le soir, entre en clôture voir le second étage fraîchement repeint, puis bénir, en présence de toute la Communauté, tout un secteur du monastère: l’atelier de confitures et son local de stockage, la chaudière à bois, le forage…

C’est une belle journée d’Eglise avant l’annonce, quelques jours plus tard, de sa nomination à l’Evêché de Nice. Une certaine tristesse passe parmi nous: en dix ans, nous avions eu le temps de tisser des liens; Monseigneur avait présidé professions, jubilés, fêtes thérésiennes, cérémonies de l’année de nos 150 ans, élections, accueil chaleureux des carmélites de Rodez…

Les mois de Février et Mars voient se succéder diverses opérations: deux yeux, une main, un genou (pas sur la même sœur, Dieu merci!), et après un nécessaire séjour aux Escaldes en Cerdagne, sœur Anne nous revient toute transformée dès avant Pâques! Et toujours dans le domaine profane, notons que les élections communales nous ont comblées de joie…à Restinclières (Hérault), le frère de sœur Marie Roxane devient l’un des plus jeunes maires de France!

Les derniers jours de Mars nous offrent une belle halte spirituelle avec la retraite prêchée par le Père Gicquel, carme, qui l’an passé n’avait pu venir pour les obsèques de sa cousine germaine, notre sœur Louise Marie. Il relie la dernière encyclique papale (et première du nouveau pontificat) «Lumen Fidei» à tout l’enseignement de Notre Mère sainte Thérèse, ce qui nous conduit aux Jours saints…

Une fois encore sans le Père Cabié. Comme il n’est pas question de surcharger les prêtres du secteur, nous contactons le Père Régis, Rabastinois comme lui. Malgré les raisons qu’il aurait eu de décliner l’invitation, ce fidèle ami de la communauté n’écoute que son cœur sacerdotal: laisser ses carmélites sans prêtre pour les fêtes pascales?

Il remplacera son compatriote et ami, et sera très apprécié des habitués de notre Chapelle pour son écoute et sa gentillesse innée.

Pâques à peine célébrées, voici nos élections communautaires le jeudi de son octave. Presque rien de neuf, si ce n’est que la benjamine des capitulantes remplace la doyenne à la charge de 3ème conseillère… et les fêtes communautaires succèdent aux liturgiques, ou les doublent.

Le deuxième Dimanche de Pâques, nous sommes toutes dans la joie et l’action de grâces pour la canonisation de deux Papes que presque toutes ont connus: Jean XXIII et Jean Paul II. Au Parc Ducup à Perpignan, ce sont aussi les adieux de Monseigneur Marceau au diocèse.

Nous clôturons cette série de fêtes par un concert donné à la Chapelle le 15 mai par deux jeunes prodiges originaires de la région: Charlotte Saluste-Bridoux, 18 ans, violoniste, élève de la prestigieuse Yehudi Menuhin School de Londres et Rémi Geniet, 21 ans, pianiste issu du Conservatoire national supérieur de musique de Paris et de l’école normale Alfred Cortot. Nous sommes éblouies autant par leur extrême virtuosité que par leur grande simplicité.

Quelques sorties émaillent les mois de Mai et Juin: la rencontre annuelle des Prieures au Monastère du Rivet, une mission de déménagement au Carmel du Dorat à laquelle participent Notre Mère, sœur Anne et sœur Marie Roxane…ainsi que Monsieur Jean Dominique Cabié, le jeune frère de sœur Anne, et son épouse qui se chargeront plusieurs fois de véhiculer, avec une bonté à toute épreuve, sœurs, cartons et meubles… sans oublier la machine à coudre professionnelle de sœur Anne!…

Et deux immenses cadres de Ste Thérèse d’Avila et de St Jean de la Croix si bien restaurés par nos grandes et fidèles amies Nouchka et Hélène qui prendront place dans notre chapelle le 14 décembre prochain…

Voici Juillet… le 16, nous célébrons dans l’intimité Notre-Dame du Mont Carmel avec le Père Merchat déjà cité et son groupe de jeunes «Communion de prière Notre Dame du Mont Carmel», justement. Une Messe recueillie est splendidement chantée par son équipe. Un diacre récemment ordonné, issu de cette «Communion», donne l’homélie. Le 20, c’est la célébration solennelle, la Messe est présidée par Don Jean Xavier Salefran, de la Communauté Saint Martin.

Deux heures avant, Monsieur Eric Soucaille, filleul de sœur Marie Françoise, et les autres membres de l’ensemble lyrique Sull Aria ont déjà élevé l’assemblée en interprétant avec grande virtuosité un répertoire de chants sacrés. A peine remises de ces festivités mariales, nous plongeons dans le Droit canonique guidées par Madame Tuffery Andrieu qui nous retrouve chaque été…avant d’accueillir, sous la pluie de cette saison bizarre, les reliques de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, les trois premiers jours d’Août.

C’est encore Don Jean Xavier qui nous vaut cette grâce, seize ans après qu’elles soient passée dans notre Carmel pour la première fois, lors d’une initiative d’ampleur diocésaine au temps de Monseigneur Fort.

Nous avons oublié de signaler que toutes ces célébrations se déroulent avec, en coulisses, une cuisine communautaire en chantier, chaque jour ou presque amenant sa surprise, bonne ou mauvaise: une arcade apparaît sous les plâtras qui tombent, à moins que ce ne soit une poutre mangée par les termites.

Puis on n’a plus d’eau, ou le fourneau est inaccessible…enfin le lendemain de la Transfiguration les nouveaux éléments arrivent et sont installés en un temps record …les cuisinières respirent enfin…et avouent leur joie!

Le soir du 24 août, date chère au cœur des Carmélites puisque c’est un 24 août que notre Mère Sainte Thérèse inaugura sa réforme, pendant la récréation des amis nous alertent sur le répondeur: notre toit et nos deux clochetons, accueillent des dizaines de cigognes qui vont ensuite se rassembler pour la nuit sur la toiture de notre imposante église paroissiale. Nous sortons, émerveillées: ce vol majestueux, dans la splendeur lumineuse et silencieuse d’un soir de fin d’été, a une saveur divine…

Après cette accalmie, les événements se bousculent à partir de fin Septembre: d’abord la Messe d’action de grâce au Carmel du Dorat où se rendent notre Mère et sœur Anne, le passage du Père Stéphane Marie, les passionnantes sessions du Père Jean Baptiste de l’Abbaye Sainte Marie de Lagrasse et du Père Gicquel, carme, les fêtes de nos deux saintes Thérèse.

Le Père Malirach préside la première, le sermon étant donné par le Chanoine de Lagrasse. Quant à la solennité de la «grande» Thérèse, c’est le Père Soulet qui la célèbre, réservant l’homélie au Père Gicquel, spécialiste de la Madre. Cette année d’ailleurs le Dimanche 12 Octobre, où nous anticipons la fête du 15, revêt une importance toute particulière dans l’Ordre du Carmel, l’Eglise et osons le dire, le monde entier: nous entrons solennellement dans l’année jubilaire des 500 ans de la naissance de sainte Thérèse de Jésus d’Avila.

Grâce immense à laquelle nous nous préparons, dans toute la famille carmélitaine, par un programme suivi de lecture de ses Œuvres depuis plusieurs années. 2015 sera aussi une année de la Vie consacrée: pour tout cela, nous prions nos Sœurs clarisses de Perpignan de nous prêter le fameux «Saint Crucifix» de la Mère fondatrice, propriété du «Couvent royal Sainte Claire de la Passion».

La tradition dit en effet que ce crucifix, compagnon des voyages de sainte Thérèse, échut au cocher de cette dernière, lequel, devenu frère convers, passa au couvent des Carmes de Perpignan (alors ville espagnole) et le confia à une de ses parentes, religieuse clarisse. Depuis, il est un des joyaux de ce monastère, largement notre aîné quant à son implantation dans le diocèse.

Mère Abbesse et sœur Hélène accompagnent cette relique, et nos sœurs carmélites missionnaires du Parc Ducup sont aussi présentes, Autour de l’autel, les Pères Gicquel, Malirach, Marco, Rossini concélèbrent avec le Père Soulet, administrateur du diocèse.

Ce n’est que quelques jours après que nous apprenons la joyeuse nouvelle: «Habemus episcopum!». C’est Monseigneur Norbert Turini, évêque de Cahors. Son installation sur le siège de Perpignan-Elne est prévue pour le 18 Janvier 2015.


Nous voudrions bien continuer, avec les grands événements qui se profilent dans un horizon tout proche: le retour de notre cher Père Cabié, fortifié, pour fêter Toussaint, le passage d’une relique insigne de Notre Mère sainte Thérèse pour le 14 Novembre, le Jubilé d’Or de Sœur Marie Françoise de Jésus Ressuscité le 22 Novembre, mais alors vous ne pourriez avoir cette chronique avec nos vœux de Noël.

Et les vœux de Noël, nous y tenons, d’autant plus que cette année notre pensée se tourne vers la Madre qui célébrait la Nativité, dans la joie d’un Dieu qui vient parmi nous, dans l’émotion aussi de savoir qu’Il vient partager, ô combien, l’humaine souffrance…et notre temps, comme celui du XVIème siècle, en est rempli. La joie de Noël ne triomphera totalement qu’à Pâques…

Saint et joyeux Noël devant l’Enfant qui prend notre vie pour nous donner la Sienne, éternellement…«Puisque c’est l’Amour que Dieu nous a donné, nous n’avons rien à craindre désormais.» Poésie14

Avec toute notre reconnaissance et notre prière pour tous et chacun: nos prêtres, nos familles, nos amis et nos bienfaiteurs, qui nous aidez du mieux que vous pouvez et ainsi nous permettez de vivre pleinement notre vie de consacrées au service de Dieu seul par la prière pour notre monde en feu:

«Que rien ne te trouble,
que rien ne t’épouvante,
tout passe.
Dieu ne change pas.
La patience obtient tout.
Celui qui possède Dieu
ne manque de rien,
Dieu seul suffit.»


Les Carmélites de Vinça


PROCHAINEMENT
Tous les dimanches, l'accueil et la boutique du monastère sont fermés à partir de 12h.

 

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Avant que 2017 cède la place à 2018 et entre dans l'Histoire (et l'Histoire sainte, espérons-le en toute modestie!), essayons de tracer quelques lignes de cette année d'espoirs et de deuils, de labeurs et de foi. Mais comme l'homme ne se sent vraiment à l'aise que dans des suites chronologiques, nous respecterons cet ordre, même s'il n'est pas très original...

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